Coup de coeur: Ma Révérence, de W. Lupano & Rodguen, éditions Delcourt

Ma RévérenceVincent a 30 ans passé, et après une phase de remise en cause personnelle, il a enfin trouvé sa voie. Pour aller retrouver l’élue de son cœur au Sénégal, il va braquer un transport de fonds blindé, mais sans violence. Son but, c’est de pouvoir faire bénéficier sa belle, et les œuvres de charité dans lesquelles elle est engagée, d’un joli pactole. Une sorte de robin des bois alter-mondialiste en somme. Pour cela, il a établi un plan qui lui parait bien huilé. Ne pouvant commettre ce braquage seul, Vincent a enrôlé un drôle de gus, Gaby Rocket, vieux blouson noir sur le retour, un peu en marge de la société. C’est peut-être là le grain de sable qui va venir enrailler la machine. Les événements vont alors prendre une drôle de tournure.

Des one-shots de cette qualité, on en redemande. Et à y bien regarder, on en voit fleurir de plus en plus ces dernières années. Cela correspond certainement à une attente des lecteurs, qui ont désormais beaucoup de mal à se lancer dans des séries à rallonge (remarquez la recrudescence de mentions « 1 / 2 » sur les nouveautés). Mais je m’égare.

Ce one-shot là respire la vie, la vraie. J’ai cru comprendre que le scénariste a par le passé travaillé comme barman, et ça se sent tout de suite. Les dialogues sont truculents, typiques de réflexions que le zing d’un comptoir ne pourrait renier. La construction du récit, complètement déstructurée est pour beaucoup aussi dans l’accroche du lecteur. On suit l’histoire comme on suivrait celle qu’un pote vous raconterait autour d’un apéro : comme elles viennent à l’esprit du narrateur, par succession de saynètes pas forcément exposées de manières chronologiques (en gros, si vous n’aimez pas les flashbacks, c’est mort).

Ce one-shot marque aussi les débuts dans la BD (mais pas dans le dessin) de Rodguen. Et quel démarrage. Il vient de l’animation, et cette expérience est mise à contribution tout au long de l’album, aussi bien dans l’efficacité du découpage des planches que dans la qualité des expressions de ses personnages. On identifie aisément les sentiments que traversent les protagonistes, tant les expressions sont variées et réalistes. Et la trogne de Gaby Rocket, quant à elle, vaut son pesant d’or. Voilà un dessinateur résolument à suivre.

extrait © Lupano / Rodguen / Delcourt

extrait © Lupano / Rodguen / Delcourt

Vous l’aurez compris, c’est un album que je vous conseille, que vous soyez amateurs de polar ou non. Pour ma part, j’ai complètement adhéré, d’autant que j’ai parfois eu l’impression de lire le story-board d’un futur film des frères Coen. Je trouve que ce roman graphique respire parfois l’atmosphère un peu tragi-comique et absurde d’un Fargo (en moins horrible quand même), avec ces deux braqueurs-losers dépassés par les événements.

En résumé : Un one-shot parfaitement maîtrisé, tant au niveau du dessin que du scénario, véritable polar social, non dénué d’humour, dont le déroulement ne vous laissera pas sans surprise.

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