[Coup de coeur] Y Le Dernier Homme tome 1 de B. K. Vaughan & P. Guerra

A la base, je ne suis pas forcément orienté comics. Comprenez par là que les BD de super-héros ce n’est pas mon truc (bien que j’aime beaucoup Batman, pour être super original). Non pas à cause du sujet, mais parce que lorsqu’on n’est pas dedans, on imagine difficilement comment on va réussir à prendre le train en route. Ce petit aparté, je le fais pour expliquer comment j’ai pu passer à côté d’une bombe telle que « Y Le Dernier Homme ». Et oui, je ne fais que découvrir cette perle. C’est tout bête, dans mon coin, pour trouver du comics c’est déjà difficile, alors imaginez du Vertigo. C’est là que c’est un avantage d’être soi-même libraire (un inconvénient dit mon banquier), car on peut tenter d’élargir un peu son horizon. Le bon timing, c’est aussi d’avoir ouvert alors qu’Urban Comics vient de reprendre le catalogue DC / Vertigo, et qu’ils font un boulot énorme sur leur collection en terme de qualité et de régularité, mais aussi en terme de prix. Ca fait donc un moment qu’un paquet de titres Vertigo me narguent, et ça y est, j’ai fait le plongeon. Bref, je suis dans la merde. Parce que ce que je suspectais va se produire : c’est dans ce domaine que je vais trouver la qualité scénaristique qui fait un peu défaut à la BD franco-belge ces derniers temps (question de pagination, à mon avis, car il faudrait sortir du carcan 46 planches bien de chez nous). Bon je fais des raccourcis là, qui paradoxalement m’éloignent du sujet original.

Coup de cœur. Encore un, dira-t-on. Mais tant pis :P. J’ai lu donc ce premier tome d’Y Le Dernier Homme, version Urban Comics, et je suis déjà en manque, j’ai envie de dévorer la suite (ce qui est possible car tout a déjà été édité chez Panini). Je suis déjà conquis par les personnages, attachants, par le scénario, construit comme une très bonne série à l’américaine.

Pour démarrer, voici un résumé du début de l’histoire:

extrait © Vaughan / Guerra / Vertigo / Urban Comics

Pour s’occuper en pleine période de chômage, Yorick joue aux apprentis-maitres de l’évasion façon David Copperfield. En parallèle, toujours à la recherche d’occupation, il a récemment accueilli un petit singe, un capucin mâle, qu’il doit sociabiliser afin qu’il puisse ensuite aider les handicapés. Yorick est aussi amoureux d’une magnifique blonde, Beth, qui parcoure l’Australie. Il se languit de la retrouver, pour lui mettre au doigt la bague qu’il vient d’acheter dans un magasin d’accessoires de magie. Il tient tellement à elle que finalement il se jette à l’eau, et la demande en mariage… Par téléphone. Evènement futile, serait-on en droit de croire, qui prend une tournure inattendue lorsqu’alors qu’il termine sa demande, un évènement brutal frappe le monde entier, d’un seul coup. Instantanément, tous les mammifères mâles de la planète meurent. Tous sauf Yorick, et Esperluette, le capucin. La face du monde va s’en retrouver complètement chamboulée. Yorick en est-il responsable ? Ou est-ce le Dr Mann qui accouchait au même moment du premier clone humain de l’histoire ? Quoi qu’il en soit, l’ère de la Femme a déjà commencé, et il faut reconstruire la société sans les hommes. Yorick quitte alors New York pour rejoindre sa mère qui travaille à la Maison Blanche. Son parcours va vite être semé d’embûches, et Yorick va vite découvrir qu’être seul au milieu de toutes ces femmes n’est pas la situation confortable à laquelle il aurait pu s’attendre. Il devient vite l’objet de toutes les convoitises, rivalités, complots… La chasse à l’homme est lancée !

extrait © Vaughan / Guerra / Vertigo / Urban Comics

J’ai donc adoré ce premier tome (qui regroupe l’équivalent de deux recueils Panini) car dès la séquence d’introduction, au découpage purement cinématographique, on est happé par l’histoire. Tout démarre à la façon d’une spirale qui mène à l’évènement déclencheur du récit, pendant laquelle tous les protagonistes de l’histoire sont présentés. On s’attache très vite à toute cette galerie de personnages, bien écrits, aux caractères bien définis, et aux rôles bien établis. On sent que Brian K. Vaughan a travaillé pour l’écriture de scénarios TV (il a participé aux meilleures saisons -3 à 5- de Lost).

Au fur et à mesure qu’on lit ce premier recueil, du point de vue d’un lecteur (au masculin), on réfléchit également  aux conséquences que pourrait avoir la disparition des mammifères mâles. Cela va des problèmes d’élevages, et donc de nourriture, aux problèmes d’intendance liés au fait que les hommes s’étaient octroyés une place pour le moins dominante dans la société. Plus d’hommes, ça veut dire plus de gouvernement ou presque, par exemple…

Il est très intéressant de voir aussi les réactions qu’ont les femmes vis-à-vis de la disparition des Hommes, mais aussi face à la découverte de l’unique spécimen survivant du genre. Et là le scénariste a pensé à tous les cas de figure. Entre celles qui pensent qu’il ne faut surtout pas tenter de revenir à l’ancien modèle, celles qui se sentent libérées, celles qui pensent au devenir de l’humanité… Le panel de réactions est plutôt complet.

extrait © Vaughan / Guerra / Vertigo / Urban Comics

L’autre réussite d’ Y le Dernier Homme, c’est aussi le talent de la dessinatrice qui a su s’effacer derrière l’histoire, en adoptant un graphisme propre et efficace, sans jamais chercher à en mettre plein la vue. On adhère d’autant plus rapidement au scénario tant le graphisme est là uniquement pour le servir. Attention, je ne suis pas en train de dire que c’est mal dessiné, qu’on soit bien d’accord. Il suffit de voir les quelques croquis préparatoires proposés par Urban dans cette édition pour se convaincre du talent de Pia Guerra.

J’ai maintenant hâte de découvrir si les auteurs sont parvenus à maintenir ce niveau tout le long de la série.

En résumé :
Y le Dernier Homme est définitivement une BD à posséder dans sa bibliothèque. Des personnages attachants servis par un graphisme efficace ; une histoire sans faille, haletante, emprunte d’humour, mais qui en arrière-plan pose de vraies questions. De l’entertainment comme on l’aime, qui vous fait passer un bon moment, mais qui vous fait réfléchir un peu aussi. Avec cette série, les auteurs démontrent aussi qu’on peut faire dans le genre post-apocalyptique sans mettre du zombie partout ;).

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