Coup de coeur: Temudjin d’A. Carrion et A. Ozanam, éd. D. Maghen

TemudjinSorti au milieu du printemps dernier, j’ai mis un bon bout de temps à me décider à lire cet album. Pourtant, sa couverture me fascinait depuis que mes yeux étaient tombés dessus. Mais je ne sais pas, il fallait que je me sente « in the mood », prêt à l’évasion, car je percevais déjà qu’il allait s’agir de ça. Et voilà que la semaine dernière, je pose à nouveau mon regard sur cette magnétique couverture, et ayant justement envie d’aérer mon esprit, je me suis lancé.

L’histoire nous plonge en Mongolie, à une époque intemporelle, mais qu’on devine faire évidemment référence à celle de Gengis Khan. Elle débute avec la présentation d’un vieux chaman prénommé Ozbeg qui, au cours d’une vision, prend connaissance de la naissance imminente d’un jeune enfant dont le destin sera profondément lié à celui du peuple Mongol. Le chaman se rend au village de la jeune mère alors qu’elle est sur le point d’accoucher seule, rejetée par sa propre tribu. Et pour cause: l’enfant qu’elle porte en elle serait le fruit de son union avec un démon revêtant l’apparence d’un loup bleu. Ozbeg aide l’enfant à venir au monde, mais ne peut sauver la jeune mère qui s’ouvre le ventre pour accoucher de son fils. Le chaman nomme l’enfant Temudjin, et le prend sous son aile, puisque personne ne veut de lui…

Le scénariste nous propose ensuite de suivre le parcours initiatique de Temudjin, d’abord élevé par son père adoptif, qui lui apprend comme pratiquer l’exorcisme pour capturer les esprits des morts qui ne sont pas parvenu à quitter la Terre, puis qui sera pris en charge plus tard par Ayami, l’esprit de la Forêt. Le scénario est assez difficile à résumer car il est fait de successions de séquences relevant tour à tour du conte, de la légende, de l’aventure, de l’épopée. Le tout saupoudré de philosophie, d’introspection, de mysticisme. Un cocktail particulier qui confère à cette BD une ambiance unique, qui ne peut qu’être ressentie.

extrait © Ozanam / Carrion / éd. D. Maghen

extrait © Ozanam / Carrion / éd. D. Maghen

Bien entendu, cette ambiance ne pourrait prendre forme sans le dessin magnifique d’Antoine Carrion, a.k.a. Tentacle Eyes, qui est un vrai régal pour les yeux. Tout participe à l’expérience de lecture: le trait efficace, des décors épurés jamais surchargés, une mise en couleur dont la température s’adapte à la narration. Bref, du beau travail. Au final, lorsque vous refermerez cette BD, vous serez encore comme embrumé par les vapeurs d’un rêvé éthéré. Les deux premiers tiers, qui forment la partie la plus onirique de l’album, sont un vrai délice, personnellement j’aurais même préféré que cette ambiance se prolonge jusqu’à la fin tant elle m’a transporté ailleurs.

En résumé: un album atypique, qui offre une variation sur la légende de Gengis Khan, et dont le contexte est peu utilisé en BD. Du coup, cela plaira à tout ceux qui ont envie qu’un album leur propose quelque chose de différent, un voyage initiatique peu commun. Cela ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais cela m’a bien plu, personnellement !

4 Comments
  • MisterMask
    janvier 21, 2014

    « L’histoire nous plonge en Mongolie, à une époque intemporelle, mais qu’on devine faire évidemment référence à celle de Gengis Khan. »
    En même temps, temudjin en titre, ça aide à situer les choses.

    • Menrad
      janvier 21, 2014

      Tout à fait, mais tout le monde n’est pas forcément familier de cette appellation ;).

      • MisterMask
        janvier 22, 2014

        Oui, j’ai cette chance d’avoir lu mickey parade pendant des années, ça reste de la BD 😀
        Et d’avoir lu l’histoire de Dingo Khan: http://coa.inducks.org/story.php?c=S+83028
        C’est pour ça que ça me paraissait évident mais non, pas forcement, en effet 😉

        • Menrad
          janvier 22, 2014

          Très bonne lecture que Mickey Parade ! ( et Super Picsou Géant aussi 🙂 ).
          Pour ma part, j’avoue honteusement qu’avant de lire Temudjin, je ne connaissais pas le nom d’origine attribué à Genghis Khan. C’est en lisant l’album que je me suis dit qu’il y avait forcément un lien (attention à la porte ouverte !), que Wikipédia m’a confirmé :P.
          C’est bien aussi d’apprendre des choses grâce à la BD.

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