[Coup de coeur] Porcelaine tome 1 « Gamine » de Benjamin Read et Chris Wildgoose, éditions Delcourt

porcelaineT1couvGros coup de coeur pour Porcelaine T1. En quelques pages, une vingtaine tout au plus, la magie opère et l’on est séduit par l’histoire de Gamine, une jeune désœuvrée à la répartie peu coutumière.

A la demande de la chef de bande, Gamine est contrainte de pénétrer dans l’enceinte privée d’une belle demeure, que l’on dit habitée par un vieux sorcier, afin d’y dérober quelque argenterie et autres objets de valeur. Alors qu’elle parvient à passer par-dessus l’enceinte de la propriété, ses compagnons d’infortune se font piquer par la police à l’extérieur. De l’autre côté, posant à peine le pied à terre, Gamine est aussitôt tenue en respect par deux molosses, à l’allure un peu étrange: les deux cerbères sont en effet blancs comme de la Porcelaine. Heureusement, le maître des lieux intervient rapidement, et évite à Gamine de passer un sale quart d’heure. En guise de sorcier, la petite jeune fille fait la connaissance d’un homme affable et accueillant, qui l’invite à prendre le thé lorsqu’elle manque de défaillir. Gamine va alors découvrir l’intimité si particulière de son hôte, entouré de créatures étranges…

C’est au détour d’une promenade sur Instagram (on y fait de sympathiques découvertes avec les hashtags #bandessinee, #mangas ou #comicbooks), que j’ai pris connaissance de cet album scénarisé par Benjamin Read et mis en images par Chris Wildgoose. La couverture m’a aussitôt tapé dans l’oeil, avec son habillage à la Mucha, qui n’est pas sans rappeler Curiosity Shop. Quelques jours plus tard, je l’achetais en librairie, et je n’ai pas été déçu.

L’histoire nous plonge tout de suite dans une ambiance à la Charles Dickens. Puis petit à petit, elle bascule vers le conte gothique, dérivant lentement vers une atmosphère plus proche de Tim Burton. Forcément, on pensera aussi à quelques contes célèbres, la Belle et la Bête en tête. En tout cas, Benjamin Read construit son récit avec une fluidité exemplaire. Son scénario est assez bavard, mais je pense que c’est ça qui fait la différence, nous permettant d’assimiler en même temps qu’elle les informations données à Gamine par celui qu’elle appelle rapidement Oncle (perso, je l’appellerais presque Oncle Phil ^^). Le découpage en chapitres permet aussi des ellipses qui ne perdent pas le lecteur, et ajoutent à la lisibilité de l’ensemble. On comprend dès de le départ que l’Oncle cache quelque chose de plus sombre, et comme Gamine, on cherche à deviner quel est son secret. On y parvient assez vite, mais cela n’empêche pas d’apprécier l’album, qui se concentre finalement surtout sur la relation entre la pupille et son tuteur. Mais, comme elle, à partir du moment où il explique qu’elle ne doit JAMAIS franchir une certaine porte de son atelier, on n’a qu’une envie: braver l’interdit.

extrait © Read / Wildgoose / Delcourt / Improper Books

extrait © Read / Wildgoose / Delcourt / Improper Books

Le travail de Chris Wildgoose n’est pas en reste lui non plus. L’auteur est habitué à travailler en duo avec ce scénariste, ensemble ils ont déjà réalisé les adaptations en comics de True Grit et Super 8. Porcelaine est leur premier album sur le label qu’ils ont créé tous les deux: Improper Books. Les planches de Wildgoose sont superbes et aérées: au début, je les trouvais presque trop aérées justement, mais en définitive, cela participe beaucoup à faire passer au lecteur la solitude et la mélancolie qui règnent derrière les murs de la belle propriété du Porcelainier. Le dessinateur a su créer une ambiance particulière, mélangeant parfaitement art nouveau et steampunk, pour un cocktail des plus réussis.

extrait © Read / Wildgoose / Delcourt / Improper Books

extrait © Read / Wildgoose / Delcourt / Improper Books

Vous l’aurez donc compris, je vous invite très fortement à vous pencher sur ce superbe premier tome de Porcelaine. Plus de 80 pages de poésie, de gothique et de mélancolie. Le duo anglais nous livre un très beau conte de fée, et l’on est ravis d’apprendre en plus qu’un second opus est en route, qui sortira au printemps 2015 dans la langue de Shakespeare. On peut remercier aussi Delcourt au passage pour le cahier graphique en fin d’album, petite cerise sur le gâteau qui n’est même pas utilisée comme argument marketing (genre avec le sticker tout collant sur la couv).

1 Comment
  • Merry Mary
    décembre 30, 2014

    Oh j’aime bien le graphisme, surtout la couv en effet!

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